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ESSOR DE L'ISLAM À DIDAURE
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Abdou-Raouf Issaka-Toure

L'histoire retient que l'islam a été introduit pour la première fois en pays tem, à Taabaaluu??, par Alfa Touré, originaire du Mali actuel. Par ailleurs, les ancêtres des Malu-wuro, les Touré venus du pays dagomba, ont créé un quartier musulman à Taabaaluu avant de descendre dans la plaine. Auprès de leurs frères Traoré dans ce qui sera plus tard Didaure, ils ont continué à pratiquer leur religion, ce qui les mettra en position de ravir la dignité de Malu-wuro aux Tchakpidè.
Mais Didaurè n'aurait jamais pu devenir ce qu'il est aujourd'hui sans sa position sur la route de la cola et de l'or. Fin 15ème siècle, l'or commence à s'épuiser dans la boucle du Niger. Les commerçants mandingues ont alors découvert les orpaillages de la région de Bégho, au Ghana actuel et, par la même occasion, la grande production de la noix de cola dans cette région. Consommateurs eux-mêmes de cette noix, ils en fournissent aussi aux plus grands consommateurs que sont les Hausa et les jerma/Dendi. Très tôt donc s'est développé un commerce nord-est sud-ouest de ces produits, surtout depuis que les Dendi s'y sont mis. Il y a eu plusieurs routes de la cola. Mais celle qui nous intéresse est : Jugu, Alejo-Kura, Agulu, Kpassuwa, Caavaadi, Didaure, Fazao, Bulowu, Jarikpanga, Bimbila et Salaga. Celle qui, après Agulu, passe par Kparatao et Kadambara évite Didaure?. Ces commerçants étaient déjà tous islamisés. Ce sont surtout eux qui viendront grossir les rangs des musulmans à Didaure, au point que leur langue, le dendi, devienne la langue véhiculaire des Malua mba, le dendi se faisant appeler simplement malua. Tous les anciens, à Didaurè parlait malua. L'apport des commerçants hausa et yoruba n'est pas aussi à négliger. Une fois installé à Didaurè, l'islam va se développer très rapidement grâce aux initiatives personnelles de ceux qui en ont des connaissances et veulent les partager gratuitement avec les autres. Ainsi sont nées, dans un premier temps, les écoles coraniques et par la suite, les zaouias. A l'école coranique le curriculum est simple et pratiquement le même partout : on commence par apprendre par c?ur, sans en connaître le sens, la fatiha et les huit dernières sourates du Coran, de bas en haut. Suivent l'alphabétisation, la lecture et la mémorisation des sourates du reste du Coran. Cette pédagogie avait un but évident : mettre à la disposition de l'apprenant dès le début les moyens nécessaires d'accomplir ses prières rituelles et, en cela, elle est efficace. Mais elle présente le désavantage de faire mémoriser une bonne partie du Coran, sinon la totalité du livre saint, sans en comprendre un traître mot. Ce désavantage est censé se corriger au niveau des Zaouias, mais comme la plupart des élèves arrêtent leurs cursus après l'apprentissage de la lecture du Coran et se considèrent déjà comme des alfas, une grande majorité lit l'arabe sans le comprendre. Au moment où je faisais mes études coraniques (1938-1948), il y avait six vestibules coraniques à Kpandidjo dont celui de mon père (celui du père du Mal?-wuro actuel était le plus ancien), peut-être le double à Kpondjodjo et quatre au Zongo (ceux d'Alfa Saabè et de Alfa Mamman Karbo étaient les plus connus). Les zaouias sont les vestibules-écoles où, en plus de l'enseignement du Coran, on dispense des cours de connaissances islamiques. Généralement, l'étudiant choisit son maître et le livre de connaissances par lequel il veut commencer. Si le maître l'accepte, il commence aussitôt les cours. L'enseignement se donne ainsi : l'étudiant lit une phrase du livre choisi, le maître la lui traduit, d'abord en hausa, puis en tem et la lui commente. Quatre zaouias ont été célèbres à Didaurè de mon temps.
1/ Alfa Alilou CISSE : Ce descendant des Cissé venus du pays dagomba a eu pendant longtemps le plus grand nombre d'étudiants (dont mon père).Très simple et effaçé, il a dispensé un savoir profond basé sur les préceptes de la tiijaniya. N'oublions pas que cette tariqa a été l'élément moteur de l'islamisation en Afrique occidentale.
2et3/ Alfa Salifou BAAKO et son frère Alfa Saïbou BAAKO : descendants des Hausa Baako/Abéressi qui, sur leur retour de Salaga se sont fixés à Didaurè, vraisemblabement nés d'un père très érudit, leur enseignement était apprécié par leurs étudiants et faisaient la fierté de Didaurè. Du fait que Alfa Saïbou ait vécu plus longtemps, son enseignement a été plus durable.
4/ Alfa Abdoulaye Mako, Koolououdèè. Descendant direct de l'ancêtre venu du pays bariba, outre l'enseignement classique qu'il a dispensé, il a apporté son appui mystique à ceux qui l'ont sollicité. Il a été le précepteur de Tchakpidè Tayrou Traoré.
En plus de leurs tâches d'enseignement, ces grands professeurs animaient plusieurs fois par mois des séances à ciel ouvert de formation islamique basée sur Coran et la sunna (waazu). Ils faisaient aussi, pendant le mois de Ramadan, le tafsir (explication du Coran) dans leur mosquée respective.
Après l'indépendance, des professeurs égyptiens sont venus renforcer l'enseignement islamique avec la création de l'école arabe et la mise à niveau des enseignants des anciennes écoles coraniques. C'est bien plus tard que des enfants de Didaurè iront étudier dans les universités arabes, en Egypte, Arabie saoudite, Koweit, etc.