zaw
ziki
Désormais, nous ne parlerons de lui qu'au passé. Désormais, nous ne nous souviendrons que de lui.
Désormais, nous dirons, la gorge nouée de colère et d'intenses regrets qu'il a vécu.
Désormais, nous ne nous contenterons donc que de ses œuvres. De celles qu'il a bien voulu mettre sur le marché du disque, nous laisser, emportant dans son voyage sans retour, tout le charme, le mystère de sa voix et la profondeur de ses thèmes. Le Maître s'en est prématurément allé. Il s'en est allé rejoindre au Panthéon de la culture Tem, de la culture togolaise et universelle, d'autres artistes illustres tels que : Bella Bellow, Aguin Voudou, Azéndji Louwa Maman, le Griot de Pagouda... Ouyi Tassan, Véyogni Dédé, Akofa Akoussah, pour ne citer que ceux-là.
Le fils de Nigbaoudè (préfecture de Tchaoudjo ) qui partageait son temps entre la musique et l'effervescence des villes d'Anié, de Badou et de Lomé où il passa le plus clair de son séjour terrestre, supportait difficilement – on pouvait le remarquer - le lourd, mais enviable sort que la vie, le destin a voulu qu'il porte: celui de pionnier du genre musical Kétékpé, celui d'un artiste au destin quasiment unique. Timide et très humble, Irou Mila paraissait souffrir d'être adulé.
Lui, le maître, le philosophe, le créateur tout court. Le Maître s'en est donc allé dans la nuit du 11 mai 2010, dans un accident de la route, - comme on sait bien les multiplier dans notre pays où ce qui tient lieu d'infrastructures routières est tout aussi dangereux, sinon plus que le paludisme, le Sida...
zaw
- Il s'en est allé alors qu'il n'avait pas fini d'écumer les beautés des méandres de la vie et de livrer surtout toute la force et la magie de son timbre vocal.
Il s'en est allé alors que, promu par le Festival de Kétékpé dont il fut le champion lors de la 1ère édition, son étoile scintillait plus que jamais au firmament de la musique Tem, pendant qu'il se faisait une place dans la sphèrediscographique et musicale togolaises, africaine.
Irou Mila était un Maître. Et ce n'est pas tomber dans cette hypocrisie humaine où le mimétisme entraîne les vivants à ne faire que des éloges des morts, que nous le disons.
Ce n'est donc pas pour nous sacrifier aux rites des discours post mortels où les disparus sont toujours des héros, des personnes célèbres, talentueuses, moralement vertueuses et quoi encore? Nous ne le disons pas à titre posthume. Irou Mila était un génie. Et nous le clamions depuis, de son vivant. Nous le lui avions personnellement signifié chaque fois que l'occasion se présentait. Nous lui avions même dit qu'il était une mine d'or...,
une richesse qui hélas s'ignorait. Nous le lui disions et l'écrivions. D'ailleurs dans un article que nous publions en janvier dernier, nous disions:
..." Qui est-il vraiment ? Philosophe? Moralisateur ? Historien? Sage? En tout cas il est tout cela. Cet artiste hors norme né il y a 55 ans et qui crée l'hystérie collective lors de toutes ses apparitions sur scène est le champion de Festékpé 2008.
Porte-voix des démunis, il symbolisait pour eux le rêve, l'espoir et le bonheur. Autant nombreux en Afrique, au Togo que sur le territoire Tem, ces démunis qui vivent la misère, trouvaient en Irou Mila le défenseur de leurs causes. Avec sa corpulence mince, son regard simple mais profond, taille élancée, disons filiforme, la forme physique de l'artiste cache un indéniable charisme doublé d'une inimitable voix aux multiples variations . Il y a plus de 30 ans que ce quinquagénaire, originaire de Nigbaoudè dans la préfecture de Tchaoudjo chante. En dehors de la scène, l'homme était timide. Il était même d'une timidité presque morbide. Mais sur scène, face à son public, il éclatait. Explosait. Il se métamorphosait ou entrait en transe. Cette transe qui ne raidissait pas le corps ou qui ne le faisait pas trembler... Mais cette transe dont seul lui Irou Mila avait le secret. Sa transe à lui, lui procurait une inspiration intarissable, riche, variée. Elle lui permettait une évasion qui l'amenait à aborder divers thèmes de la vie, à savoir : la pauvreté, la maladie, la mort, les effets nocifs de la polygamie, les conflits successoraux, l'éducation, l'infidélité, l'avarice, la corruption, l'impolitesse, la paresse, les vertus du travail etc. Sur scène, il ne s'interdisait rien.
Le timide Irou Mila n'avait pas de thème tabou. Il chantait l'érotisme, chantait les ébats de l'amoureux surpris ... du patron cocufié...de l'homme paresseux...
Irou Mila abordait tous les pans de la vie sociale. Le Tino Rossi, le Seigneur Rochéro, ou le Franco de la chanson togolaise savait pousser son public aux déhanchements comme seul le rythme kétékpé en a la magie. Il savait aussi, rien que par le timbre de sa voix, imposer silence et se faire écouter. Là, il devenait prédicateur, fustigeait l'injustice, le fanatisme religieux, la course au gain facile... La religion, dans ce rôle, l'artiste Irou Mila au timbre vocal inclassable rivaliserait avec n'importe quel prêtre, n'importe quel pasteur ou n'importe quel prêcheur de la parole de Mahomet...
À son actif, il compte deux CD, 1 DVD et plusieurs centaines de titres non encore mis sur le marché du disque. La majorité de ses compositions sont en Tém (Cotocoli). L'artiste chante également en Ashanti – une langue du Ghana, en Mina et en français.
Irou Mila fut donc un artiste complet, accompli, comme le diraient les connaisseurs. Depuis, un soir de décembre 2008, à la suite de son sacre au FESTÉKPÉ, l'artiste avait pris encore plus d'étoffe. Il était de plus en plus sollicité. Il était devenu une griffe, une marque, une star de la musique Tém, disons de la musique togolaise, africaine. D'ailleurs, accompagné par son mentor, Ibrahim dit « le Magicien », Irou Mila avec son groupe de 10 musiciens, instrumentistes et choristes a été l'un des précurseurs de la modernisation du Kétékpé. Comme son aîné Casino Fofana l'avait réalisé dans les années 80, le Maître, Irou Mila ajouta dans ses compositions, des sonorités électriques et électroniques.
Comme bon nombre de ses pairs artistes spécialistes de Kétékpé, Irou Mila animait souvent les cérémonies de mariages, de baptêmes, bref des réjouissances populaires en pays Tém, à Lomé, Kpalimé, Badou, Anié, même à l'extérieur du Togo comme au Ghana et au Bénin.
«À présent, il s'agit de faire connaître l'artiste, ambassadeur du rythme Kétékpé, un rythme de gaieté par excellence sur le plan national et international. Ainsi, le pari des initiateurs du Festival National de Musique Traditionnelle Tém (FESTEKPÉ ) qui est de promouvoir les artistes traditionnels en les sortant de l'ombre pour la lumière... permettre au mouvement Kétékpé et à ses chantres de se hisser au hit parade de la musique universelle, de vivre de leur création...
et de donner des saveurs réellement locales à la musique nationale togolaise bien souvent orpheline d'originalité.
Ce pari sera-t-il réalisé ? Certainement, oui. Les œuvres de l'auteur de ?l'hymne aux chauffeurs?: sont un condensé de tout: de l'originalité, du talent, de la chaleur. Ces œuvres sont également une invitation à la réflexion, à la méditation face aux défis de l'existence humaine.
Irou Mila est simplement un artiste, une superstar à multiples facettes, à découvrir et à adopter... », écrivions-nous toujours en janvier.
Depuis des décennies, Irou Mila planait sur le registre de la musique Kétékpé. Le Festival National de Musique Traditionnelle Tem, FESTÉKPÉ est venu le confirmer au titre de numéro 1 de ce rythme. Hélas, depuis ce soir du 11 mai 2010 où le Maître s'en est allé emportant tous ses secrets, nous n'aurons plus l'occasion de le promouvoir en live. Mais nous pourrons continuer à le découvrir à travers le singulier héritage qu'il nous a légué.
Il ne sera donc pas seul dans l'au-delà où il continuera certainement par créer, par fredonner. Il y trouvera d'autres créateurs dont nous sommes restés orphelins, comme de lui. Mais ces retrouvailles ne nous empêchent point de le pleurer et de nous demander: pourquoi lui ? Sans à tout prix chercher à trouver une réponse à cette question et à toute une série d'autres interrogations et de spéculations, nous nous joignons à vous pour présenter nos condoléances les plus attristées à la mère du virtuose disparu, à sa famille, aux membres de son groupe musical et à ses proches. Puisse sa disparition se révéler être la semence qui fera germer d'autres artistes de sa trempe, d'autres Irou Mila, pourquoi pas?

SERVICE PRESSE & COMMUNICATION DE TOGO CULTURE PLUS
" FESTÉKPÉ, LE FESTIVAL "
www.togocultureplus.com